2000-2011 Visages du Front

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2000-2011 Visages du Front, un album sur Flickr.

2000-2011 Visages du Front National

Tous les ans, le matin du premier Mai, les militants du Front National manifestent à Paris et assistent au discours du chef du parti. J’ai commencé à photographier cet étrange défilé en 2000, surtout par curiosité. La première fût un peu exceptionnelle, j’ai ramené quelques images qui m’ont accroché à cette idée. Et j’y suis retourné. Les premières fois, un peu espacées, pas encore convaincu, puis avec le temps, la collection de portraits prenant de l’épaisseur, le traumatisme de l’élection de 2002 venant donner un sens, j’y suis retourné plus assidûment. J’ai raté ce rendez-vous quelques fois où je n’avais pas l’énergie ou parce que j’étais en voyage, mais j’irai encore cette année.

Paradoxalement, parce que j’y vais depuis 12 ans, je me sens de moins en moins étranger à cette foule. J’y croise maintenant des visages familiers. Je ne sais pas si eux me reconnaissent, ils n’ont pas comme moi des images inoubliables de nos rencontres. Au fil des années, le Front National passant par des moments d’euphorie et quelques zones de turbulence, la nature du rendez-vous a changé. Les premières fois, je voyais beaucoup de militants âgés. Ces dernières années, j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de jeunes, en quantité et proportions dans la foule. En 2011, le chef historique a cédé la place à son héritière qui a su dynamiser et rénover l’image du parti. A quelques semaines de l’élection présidentielle de 2012, personne ne semble se souvenir que le Front National a toujours fait mentir les sondages.

La première partie de ce reportage avait donné lieu en 2006 à une exposition "Visages du Front", dont une partie de la note d’intention est reportée plus bas.

gaelic / 10 avril 2012

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24 février 2006
Note d’intentions pour "Visages du Front"
une série de portraits réalisés exclusivement les premiers Mai entre 2000 et 2005 lors des défilés annuels du Front National à Paris.
www.gaelic.fr/portfolio/serie_visages_du_front.html

On m’interroge beaucoup. On me demande à quoi çà sert. Pourquoi exposer ces portraits. On trouve de l’ambiguïté et il y a manifestement quelque chose de gênant. On me demande si je soutiens le Front National ou si ils ont essayé de m’étriper.

J’aime photographier des manifestations populaires depuis 1994. Les images de photographes comme Gilles Caron me faisaient rêver d’un autre monde. J’ai photographié beaucoup de mouvements de foule, les grandes grèves de l’hiver 1995, les premières Gay Pride, les supporteurs de la coupe du monde de football, les premiers Mai rouges. Je suis allé pour la première fois au défilé du Front National en 2000. Un peu par hasard, en entendant l’annonce de la manifestation sur France-Infos. Curieux surtout.

Chaque premier mai, les militants du Front National viennent de toute la France pour défiler à Paris. Je me demandais comment je serais accueilli dans ce cortège. D’abord, je suis métisse, fils d’un immigré vietnamien qui a séduit une petite française. Ensuite, il y a une chanson des Scouts d’Europe qui dit "mort à tous ces chacals, qui portent cheveux longs" et enfin, je porte plusieurs boîtiers photographiques de type professionnel qui me font ressembler à un suppôt de presse judéo-maçonnique.

Je me promène dans cette foule avec mes appareils en dévisageant. J’imaginais que cette foule serait différente des autres. En fait, je vois des hommes, des femmes, des personnes âgées, des enfants. Je vois des négroïdes, des sémites, des asiatiques, des caucasiens. Je vois des gens qui ressemblent à d’autres gens que je connais. Je vois une dame avec un sourire de jeune fille quand Jean-Marie Lepen monte sur la tribune. Plus loin, je vois une jolie fille, voilée dans un drapeau français. Je les regarde dans les yeux, puis je les regarde de près avec mon appareil. Ils ne s’enfuient presque jamais.

J’en choisi quelques uns dans la foule, je cherche à faire un portrait, pas une caricature. Nous échangeons un regard, parfois quelques mots. Ensemble, nous faisons une image. Et sur cet instantané, ils ont un visage humain. Je pense que c’est précisément ce qui dérange. Leur humanité et leurs sourires associés à des slogans inouïs. Le sentiment que ces idées existent et nous entourent. L’impression qu’on pourrait reconnaître quelqu’un. Normal, 20% c’est une personne sur cinq. Ça fait beaucoup de voisins, de passants, de commerçants de proximité, de collègues, d’amis peut-être.

gaelic / 24 février 2006